
L’église Santa-Maria-in-Albis
L’église Santa-Maria-in-Albis, classée Monument Historique en 1978, a été dédiée à l’Annonciation de la Vierge avant de recevoir son nom actuel. Elle a été achevée vers 1700 sur le site d’une ancienne église médiévale très endommagée pendant la première moitié du XVIIe siècle. Bien qu’imprégnée du contexte baroque régional de l’époque, sa conception est extrêmement originale.
Une façade sobre et élégante
La façade de l’église est haute, relativement aux dimensions de la place, ce qui lui donne un caractère imposant. Ordonné par 4 sobres pilastres de pleine hauteur et par des corniches soulignant ses deux niveaux et le fronton, son décor géométrique peu chargé met en valeur l’ornementation de sa porte surmontée d’une niche à la Vierge, et de la triple baie du deuxième niveau. La façade est dominée par un rare fronton en demi-cercle, cerné de pots à feu et d’ailerons à volutes typiquement baroques. Le fronton en demi-cercle, d’inspiration byzantine, fut un décor réutilisé pendant la Renaissance.
Un clocher remanié au XIXe siècle
Le clocher a été redessiné en 1832. Il a été renforcé à la base (surépaisseurs) et son campanile a été modifié et couvert d’une toiture pyramidale en tuiles vernissées jaunes vertes et ocre rouge, caractéristiques de la région. La girouette porte la date de 1833. Il est possible que ces réaménagements aient été faits autour du clocher roman initial.
Un chevet dos à la rivière
Si de nos jours le chevet de l’église est contourné par la route, et que la présence d’un pont permet de prendre du recul, il faut imaginer que pendant deux siècles il était longé par la rivière. Bien que n'ayant pas été conçu pour être admiré, son aspect à pans coupés et oculus est équilibré, rythmé par les trous de boulins, dans lesquels les échafaudages peuvent être sécurisés pendant les chantiers.
Un rare plan centré, en croix grecque
Le plan en croix grecque, autour d’une croisée à coupole écrasée, est exceptionnel. D’inspiration byzantine, il est en rupture avec le plan basilical (une nef et deux collatéraux) jusqu’alors dominant dans la Roya. Le peu d’espace disponible a sans doute incité à adopter ce plan centré pour optimiser la capacité de la nouvelle église au XVIIe siècle. Les quatre bras de cette croix sont une très courte nef, les deux courts transepts et le chœur. L’ensemble constitue un volume très ouvert autour de la vaste croisée.
Les baies triples situées en partie haute des murs font varier l’éclairage du matin au soir, changeant la perception des lieux, révélant tour à tour les différentes zones de l’église à la lumière mordorée de leurs vitres.
Stucs et gypseries baroques du XVIIIe siècle, fresques du XIXe
La décoration baroque de l’église a été réalisée progressivement après sa construction. Les stucs, gypseries et boiseries pendant le XVIIIe siècle. Les fresques ornant les voûtes et la coupole vers 1860.
Des pilastres à chapiteaux corinthiens et une large corniche à frises superposées cernent la "croix grecque" créant à la fois un rythme vertical et l'unité visuelle du vaste volume richement décoré.
Dans le chœur, à l’arrière d’une balustrade à marqueterie de marbres et d'un élégant portail de fer forgé, se trouve le maître autel à gradins, décoré de gypseries et boiseries dorées. Au centre de la vaste abside à trois pans, un très riche retable en hauteur héberge une statue maniériste de la Vierge Marie, visible depuis la nef. Cette abside est cernée de stalles en noyer datées de 1766.
Deux petites chapelles aux retables en stucs du XVIIIe siècle se trouvent de part et d’autre de la courte nef, dédiées à Saint-Joseph à gauche, et à Saint-Antoine l’Ermite à droite.
Deux imposantes chapelles baroques du XVIIIe siècle occupent les transepts : la chapelle Notre-Dame-du-Rosaire (transept gauche), et la chapelle Notre-Dame-du-Suffrage-et-du-Mont-Carmel (transept droit).
De part et d’autre du chœur se trouvent deux chapelles visuellement isolées de la croix grecque, et non intégrées au décor général : Saint-Pierre à gauche, où l’on peut admirer un triptyque daté de 1500, et la Crucifixion à droite, représentée par un groupe sculpté en bois de facture naïve. Un petit musée situé à côté de cette chapelle présente d’anciens objets de culte et des reliques derrière une paroi vitrée.
Des gypseries du XVIIIe siècle, notamment en encadrement des tableaux, complètent ces décors de façon symétrique.
Enfin, sur une très belle tribune ornée d’instruments de musique, l’orgue de facture italienne du XIXe siècle est inséré dans un magnifique buffet en bois peint du XVIIIe siècle (classé monument historique).